Les événements majeurs de l’actualité politique de es dernières semaines nous emmènent ailleurs en Europe. En Allemagne d’abord, où les élections législatives il y a une semaine ont apporté des nouvelles encourageantes pour l’autre gauche.
Angela Merkel a certes été réélue sans surprise, mais dans un scrutin qui enregistre un taux de participation historiquement bas. La CDU/CSU conservatrice (avec 33,9%) et le SPD de centre gauche (avec 23%), ont obtenu tous deux leur plus mauvais score depuis des décennies. Le SPD paie ainsi son glissement vers des politiques économiques et sociales dignes de la « troisième voie » du New Labour et surtout son choix en 2005 de gouverner avec la droite conservatrice plutôt que de s’appuyer sur une majorité SPDVerts-Die Linke. Cette désaffection des électeurs pour les deux principaux partis profite aux trois petites formations représentées au Bundestag : le FDP, Die Linke et, dans une moindre mesure, les Verts. Die Linke enregistre une progression spectaculaire, recueillant plus de 12% des voix contre 8,7% en 2005. Avec ce scrutin, Die Linke est devenu le quatrième parti d’Allemagne, devançant les Verts à 10,6%.
Au Portugal ensuite, où les résultats des élections législatives le même week-end confirment aussi la poussée de l’autre gauche. Encore une fois l’abstention explose, avoisinant les 40%. Et même si le parti socialiste du premier ministre sortant José Socrates emporte la victoire avec 36,56% des voix contre 30,37% pour ses rivaux de centre-droit, les socialistes portugais reculent fortement avec 96 sièges par rapport aux 121 obtenus en 2005, perdant ainsi la majorité absolue au Parlement. La progression de l’autre gauche est réelle, même si elle est de moindre ampleur que lors des élections européennes. Elle obtient 31 sièges : 16 pour le Bloc de Gauche (9,85%) et 15 pour la Coalition démocratique et unitaire (CDU) des communistes et verts (7,88%). Ainsi les résultats des élections dans ces deux pays démontrent que l’autre gauche n’est désormais plus marginale en Europe. Ils viennent renforcer nos arguments en faveur d’un Front de gauche durable en France qui assume son autonomie par rapport à la gauche social-démocrate.
Les élections législatives anticipées du 4 octobre en Grèce voient une nette victoire du parti socialiste grec (Pasok). Avec près de 44 % des voix, celui-ci devance largement la Nouvelle démocratie (droite) conduite par le premier ministre sortant Costas Caramanlis. La victoire du Pasok intervient après une campagne menée plus à gauche qu'en 2004 et 2007 lorsque les socialistes ont connu deux défaites électorales successives. Le Pasok a notamment fait de nombreuses promesses de soutien aux bas revenus. Il a aussi promu une politique de relance de l'économie par des politiques publiques et de refonte fiscale favorable aux classes populaires. Par ailleurs, l'autre gauche se maintient et se stabilise dans le paysage politique grec. Le Parti communiste Grec (KKE) et Syrisa (« Coalition de la Gauche Radicale »), qui siègent avec les élus du Front de Gauche au sein de la GUE/NGL au Parlement européen, obtiennent respectivement 7,5% et 4,5% des voix.
Ces dernières semaines ont vu une série d’élections partielles en Ile-de-France auxquelles nous avons présenté des candidatures du Front de Gauche. D’abord le 20 septembre dernier, lors d’une législative dans la 10e circonscription des Yvelines (Rambouillet) et une cantonale dans l’Essonne (Limours). Dans un contexte de très forte abstention (la participation atteignant seulement 22% dans les Yvelines et 32% dans l’Essonne), la progression des candidatures du Front de Gauche que nous y avons présentées avec le PCF a été très importante par rapport aux scores obtenus par le PCF seul la dernière fois. Le titulaire PCF et sa remplaçante PG ont réussi le très beau score de 19,6% dans l’Essonne (alors qu’il n’y avait pas de candidat PCF en 2008), les plaçant en tête de toute la gauche. Sur une terre de droite, ce sont malheureusement les deux candidats de la droite qui se sont maintenus au deuxième tour, mais la gauche a progressé avec plus de 36% des voix cette fois-ci alors que le seul candidat de gauche en 2008 (socialiste) avait recueilli seulement 25% des voix.
A Rambouillet, le candidat du Front de Gauche a enregistré un score de 4,72% à comparer aux 1,94% pour le candidat du PCF en 2007. Le Parti Socialiste a été nettement distancé par le Front de Gauche en Essonne (un retard de 10 points) et par Europe Ecologie dans les Yvelines (un retard de 8 points). La recherche d’une alternative à gauche s’exprime donc dans les urnes. Cette progression de la gauche non socialiste a contribué à faire reculer la droite : 12 points de moins en Essonne et 18 dans les Yvelines.
Une semaine plus tard, le 27 septembre, avait lieu le premier tour des élections municipales partielles à Corbeil-Essonnes, fief de Serge Dassault. La liste de rassemblement du Front de Gauche élargi (PC, PG, NPA et associations locales citoyennes) menée par Michel Nouaille (PCF) est passée en tête des listes de gauche. Avec 24,33%, elle a devancé de plus de 5 points la liste socialiste (18,98%) et de 16,5 points celle des Verts (7,76%). Sur le papier, la gauche rassemblée au deuxième tour derrière Michel Nouaille était en mesure de battre le candidat UMP, Jean-Pierre Bechter, et en finir avec le système Dassault, dont l'élection a été invalidée pour achat de voix. Malheureusement après une semaine entre les deux tours qui aura vu la droite mener une campagne agressivement anti- communiste, la gauche rassemblée perd au deuxième tour avec seulement 27 voix d’écart.
Le 11 octobre, dans la 12é circonscription des Yvelines. Les droites arrivent en tête dans un océan d’abstention. C’est le principal enseignement du premier tour. L’abstention frôle les 70% et le total des droites (UMP + Modem soutenu par le Nouveau Centre + divers droite + extrême droite) dépasse 58%. L’UMP a hélas réussi son opération. La candidature de David Douillet (UMP) a désorienté une partie de l’électorat de droite qui s’est abstenu. Mais elle a aussi démotivé l’électorat de gauche qui ne s’est pas mobilisé pour le vote sanction auquel nous l’appelions. Au final, le paravent David Douillet a fonctionné pour protéger Nicolas Sarkozy.
Le Front de Gauche enregistre une belle progression. Avec 5%, nous faisons plus du double du résultat de la candidate PCF en 2007 qui avait obtenu 2% des voix. Dans plusieurs communes on peut parler de percée : 6,5% à Plaisir, 9% aux Clayes-sous-Bois. A Poissy en revanche (3,7%), la candidature du maire PS et le climat de campagne municipale permanente a joué en notre défaveur. Une partie importante de l’électorat de gauche déçu est resté chez elle (le total gauche est très bas) et beaucoup de ceux qui se sont mobilisés ont sans doute pensé qu’ils devaient soutenir leur maire de gauche fortement attaqué par la droite et notamment son adjoint Modem.
Le second tour peut être gagné par la gauche. Nous avons rappelé dans cette campagne de premier tour que le Front de Gauche n’est pas favorable à une alliance avec le Modem qui a assumé dans cette élection un projet clairement à droite. Au second tour nous disons donc : rassemblons la gauche sans exclusive, rassemblons la gauche exclusivement.